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Compétence et Incompétence – Episode 112

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L’effet Dunning-Kruger décrit un mécanisme de l’apprentissage. Il s’agit du principe selon lequel les incompétents surestiment leurs capacités et leurs performances, quand les compétents font l’inverse. En 1995, aux États-Unis, un type attaque deux banques le visage enduit de jus de citron. Évidemment, il est arrêté. Il explique alors, sûr de lui, aux policiers que le jus de citron le rend invisible des caméras de surveillance, comme le fait l’encre sympathique. Les psychologues David Dunning et Justin Kruger Spar étudient son cas pour comprendre comment quelqu’un d’aussi ignorant peut être aussi sûr de lui. Ils découvrent qu’il est loin d’être le seul et donnent alors leur nom à ce biais cognitif. Manager ou indépendant, vous voulez en savoir plus sur ce phénomène ? Découvrez dans cet article comment il fonctionne et dans quelle mesure il s’applique dans vos vies professionnelles.

L’effet Dunning-Kruger, qu’est-ce que c’est ?

C’est un phénomène qui stipule que les incompétents se croient compétents. Les résultats de leurs études tendent à démontrer un précepte déjà avancé par Darwin : 

« L’ignorance engendre la confiance en soi plus fréquemment que ne le fait la connaissance. » 

Vous voyez, l’idée de rouler des mécaniques quand on ne sait pas grand-chose n’est pas nouvelle. Par ailleurs, on distingue systématiquement 3 phases. 

Première étape : se surestimer

Pour essayer de vous décrire au mieux ce phénomène, prenons l’exemple de Manon, élève de CE2 qui prépare un exposé sur les léopards. Après avoir passé une partie de l’après-midi à lire la fiche wikipédia de ces félins, elle pense qu’elle est une experte absolue

Maintenant, imaginez une courbe. Au départ, alors que vous vous intéressez à un sujet, votre graphique monte vite très haut sur « l’impression de connaissances ». Comme Manon qui considère qu’elle connaît tout sur ces prédateurs, et qu’elle peut partir après-demain vivre avec eux, leur faire des câlins et devenir leur meilleure amie. Elle se trouve donc tout en haut de cette courbe.

Deuxième étape : douter

Puis Manon creuse un peu le sujet et se rend compte que pour devenir une spécialiste de l’animal, il en faut plus. C’est à ce moment-là que la courbe va chuter de façon dramatique. Et la confiance en elle qu’a cette jeune fille sur le sujet chute évidemment avec. Elle se dit alors : « je suis nulle en léopards, je n’y connais vraiment rien. C’est extrêmement complexe et il me manque énormément d’informations pour prétendre être une experte. »

Troisième étape : s’instruire

La jeune élève décide de pousser ses recherches un peu plus loin pour en apprendre davantage. Elle prend conscience que pour maîtriser son sujet, elle doit travailler dur, faire preuve d’abnégation et se former. Elle réussit son pari et avance progressivement dans sa recherche d’informations pour atteindre le fameux niveau d’expertise qu’elle pensait avoir au cours de la première phase. Elle se retrouve donc de nouveau tout en haut de la courbe. 

Le corollaire de ce biais cognitif

Un individu qui débute sur un sujet a un sentiment de surconnaissance et de surconfiance sur ce thème. À contrario, le spécialiste a tendance à sous-estimer son niveau de compétences. Il est souvent plus humble face audit sujet, parce qu’il connaît la complexité de la question, les étapes par lesquelles il faut passer pour prétendre être expert et tout ce qu’il reste encore à apprendre.

 

Courbe de l’effet Dunning-Kruger

Graphique qui illustre la courbe de l’effet Dunning-Kruger. Source : banque d’images libres de droit (stocklib)

L’impact de ce phénomène dans votre vie professionnelle

L’effet Dunning-Kruger est à avoir en tête que vous soyez manager ou solopreneur, parce que dans tous les cas il aura probablement une influence sur vous. Vous êtes tous incompétents dans certains domaines, donc il y a de fortes chances pour que vous soyez touchés par ce phénomène. Et si vous êtes manager, c’est sûrement le cas de certaines personnes dans votre équipe.

Le recrutement

Quand vous recrutez quelqu’un, c’est intéressant de se poser la question : est-ce quelqu’un qui a confiance en lui parce qu’il a des compétences ? ou est-il dans la première phase et a le sentiment d’être expert mais ne l’est pas du tout ? En tant que recruteur, c’est important de pouvoir l’identifier.

Le management

Votre objectif, en tant que responsable, est de faire grandir vos équipes, les soutenir et les former. Comme l’effet de surconfiance vient à s’inverser assez rapidement et que l’on peut finalement devenir compétent en étant formé, repérez dans vos équipes les personnes qui souffrent peut-être de ce phénomène. Ainsi, vous pourrez leur donner les clés pour qu’ils progressent et avancent sur ce fameux chemin de la connaissance. 

Le solopreneuriat

Vous pouvez, sur plein de sujets, souffrir de ce biais cognitif. Les entrepreneurs ont tendance à avoir envie d’apprendre tout le temps. La curiosité est l’une de leurs caractéristiques communes. Si vous aimez découvrir de nouvelles techniques en permanence, alors réfléchissez deux minutes. Vous vous êtes sans doute, rapidement, déjà intéressés à la dernière technique de marketing ? Vous aviez alors l’impression d’avoir tout compris à la psychologie humaine ?

Hé non ! Ce n’est pas le cas. Vous étiez seulement en haut de cette fameuse courbe. Et deux secondes après, vous étiez tout en bas. Puis, vous avez vite réalisé que quelques années seront nécessaires avant de maîtriser le sujet. C’est important de l’avoir en tête, pour ne pas risquer de se brûler les ailes. Se dire « tiens je vais mettre “all-in” dans ce projet ! », alors que vous n’avez pas encore compris tous les tenants et aboutissants de ce dernier. Gardez un pied sur le frein. Vous ne pourrez pas tout faire, ni être expert sur tout et encore moins immédiatement.

L’effet de surconfiance sur les réseaux sociaux

Il y a un endroit où ce phénomène est particulièrement visible : les réseaux sociaux. C’est le lieu par excellence où tout le monde a un avis sur tout, est spécialiste de tout et a une solution à tous les problèmes, n’est-ce pas ? 

Cet effet est dû à la temporalité des réseaux sociaux. Ce sont des médias de l’instantané. Le post ou la vidéo que vous voyez n’existera plus dans deux heures, deux jours ou deux semaines. Ainsi, vous avez l’impression que vous connaissez tout (vous êtes en haut de la courbe) mais vous n’avez le temps ni de redescendre, ni de vous instruire davantage et de remonter. Gardez-le en tête : la plupart des internautes souffrent de la première phase.

Vous l’aurez compris, la connaissance exige du temps, du travail et de l’humilité. Vous devez aussi savoir que l’effet Dunning-kruger est ancré au plus profond de vous et c’est absolument naturel de le ressentir. Vous pensez peut-être : ne serait-il pas plus facile de rester ignorant plutôt que d’apprendre des choses ? Parce que finalement, juste après le sentiment de surpuissance (première étape), vous vous sentez vraiment idiot (deuxième étape) et ça demande du courage de remonter la pente de la dernière phase.

Alors si vous êtes dans un processus de formation en ce moment, si vous apprenez des choses et si vous vous efforcez de gravir la montagne du savoir… BIG UP à vous parce que ce n’est pas si simple d’apprendre véritablement des choses !

 

🎙 Pour retrouver l’intégralité de cet article au format podcast, c’est juste au-dessus que ça passe !

 

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